
À chaque rentrée, Genève s’anime au rythme de la haute horlogerie. Les Geneva Watch Days offrent une nouvelle fois un aperçu particulièrement libre de la création contemporaine, où grandes maisons et signatures indépendantes se côtoient dans une même effervescence. Cette édition 2026 confirme surtout une chose, la haute horlogerie ne se contente plus de repousser les limites de la mécanique, elle explore aussi de nouvelles manières de raconter le temps.
Parmi les nombreuses créations présentées cette année, trois ont particulièrement retenu notre attention. Une rencontre inattendue entre Bvlgari et Vianney Halter, une créature mécanique à assembler soi-même imaginée par Maison Alcée et MB&F, et un tourbillon presque entièrement habillé du bleu signature de Speake Marin. Trois propositions très différentes, réunies par une même volonté de faire du garde-temps un véritable territoire d’expression.
Bvlgari Octo Finissimo × Vianney Halter
Pour la première fois, Bvlgari ouvre l’univers de l’Octo Finissimo à un horloger indépendant. Co-dessinée par Fabrizio Buonamassa Stigliani et Vianney Halter, l’Octo Finissimo Dual Time confronte les lignes architecturales de la collection à l’imaginaire rétrofuturiste de l’horloger français. Un univers nourri de Jules Verne, de références victoriennes et de science-fiction qui vient ici bousculer l’épure habituellement associée à l’Octo Finissimo.
Le regard est immédiatement attiré par les quatre cadrans opalins répartis sur la surface de la montre. Leur construction, entourée de lunettes étagées évoquant de petits hublots, fait directement référence à l’Antiqua, pièce emblématique dévoilée par Vianney Halter en 1998. Heures, minutes, petite seconde, date, indication jour et nuit et second fuseau horaire prennent ainsi place dans une architecture qui rappelle le tableau de bord d’une machine imaginaire. L’aiguille bleue du second fuseau, la pointe rouge de la petite seconde et les aiguilles sculptées viennent compléter cette esthétique singulière, sans jamais faire disparaître la géométrie caractéristique de l’Octo.
Au cœur de la pièce, le nouveau calibre automatique BVF 200 s’intègre dans un boîtier de 40,5 mm pour seulement 9,70 mm d’épaisseur. Son micro-rotor en platine porte la signature de Vianney Halter et le mouvement offre une réserve de marche de soixante heures. Deux versions ont été imaginées : trente exemplaires en titane sablé et brossé et quinze en or rose 18 carats satiné et poli. Plus qu’un simple exercice de personnalisation, la collaboration fonctionne précisément parce qu’elle laisse les deux identités parfaitement lisibles. L’Octo Finissimo demeure reconnaissable au premier regard, mais semble avoir traversé l’univers de Vianney Halter pour en ressortir plus étrange, plus mécanique, presque issue d’un futur imaginé au XIXe siècle.
Maison Alcée × MB&F Nostromo
Avec Nostromo, Maison Alcée et MB&F proposent une approche radicalement différente. Ici, l’objet ne se contente pas d’être contemplé, il doit d’abord être construit. Fondée en 2021 par Alcée et Benoît Montfort, Maison Alcée s’est fait connaître avec une proposition singulière permettant aux passionnés d’assembler eux-mêmes une véritable horloge mécanique. Une philosophie qui trouve naturellement sa place dans l’univers de MB&F et de sa M.A.D.Gallery, où art mécanique, imagination et dimension ludique se rencontrent depuis quinze ans.
Dessiné par Maximilian Maertens, designer chez MB&F, Nostromo prend la forme d’une étrange créature venue de l’espace. Trois pieds organiques soutiennent son corps mécanique, capable de pivoter sur lui-même, tandis que son cadran incliné laisse largement apparaître les engrenages et les rouages qui l’animent. L’inspiration de l’univers d’Alien est pleinement assumée, jusque dans son nom emprunté au vaisseau spatial du premier film. Le bleu paon emblématique de la M.A.D.Gallery vient ponctuer l’acier, le laiton et le maillechort et apporte une touche presque irréelle à l’ensemble.
Mais toute la singularité de Nostromo réside dans l’expérience proposée à son propriétaire. Ses 222 composants sont livrés à assembler, pour une construction estimée à une dizaine d’heures, seul l’organe régulateur étant prémonté. Une fois achevée, l’horloge affiche heures, minutes et secondes, intègre une alarme et dispose d’une réserve de marche de quatorze jours. Produite à seulement cinquante exemplaires, elle est accompagnée d’un manuel illustré et de contenus vidéo destinés à guider chaque étape du montage.
Speake Marin Tourbillon Royal Blue
Chez Speake Marin, c’est la couleur qui donne le ton. Le Tourbillon Royal Blue associe le boîtier Piccadilly de 42 mm en or rouge 5N à une architecture entièrement ajourée habillée du bleu signature de la maison, inspiré du Pantone 287 C. Un contraste particulièrement marqué entre la chaleur de l’or et cette teinte profonde, presque électrique, qui souligne les différents niveaux du mouvement et donne à la pièce une présence immédiatement reconnaissable.
Le regard est naturellement attiré vers 1 h 30, où le tourbillon volant effectue sa rotation sous un pont reprenant la forme du Topping Tool, l’un des codes historiques de Speake Marin. À l’opposé, l’indicateur de réserve de marche placé à 7 h 30 vient équilibrer visuellement l’ensemble. Les ponts, le barillet et le micro-rotor apparaissent presque sans filtre, faisant de la mécanique elle-même l’élément central du dessin. Ici, le Royal Blue n’agit donc pas comme un simple habillage, il souligne les volumes, structure la profondeur et guide le regard à travers le mouvement.
Cette construction est animée par le calibre manufacture automatique SMA05, composé de 290 éléments et doté d’un micro-rotor entièrement intégré. Battant à 3 Hz, il offre une réserve de marche de soixante-douze heures, tandis que Côtes de Genève, microbillage et anglages viennent enrichir les différentes surfaces visibles à travers le cadran comme le fond saphir. Le bracelet en autruche Royal Blue prolonge cette identité chromatique jusque sur le poignet. Limitée à seulement cinq exemplaires dans le monde, la pièce pousse ainsi jusqu’au bout le dialogue entre couleur et mécanique.
Trois créations, trois façons très différentes d’interpréter la haute horlogerie. Bvlgari et Vianney Halter confrontent deux univers créatifs pour imaginer une Octo Finissimo presque rétrofuturiste, Maison Alcée et MB&F placent le collectionneur au cœur même de la construction de l’objet, tandis que Speake Marin fait de la couleur un élément à part entière de son architecture mécanique.
À travers ces propositions, les Geneva Watch Days 2026 rappellent surtout que l’innovation horlogère ne passe pas nécessairement par la recherche d’une complication toujours plus spectaculaire. Elle peut aussi naître d’une rencontre, d’une expérience ou d’un nouveau regard porté sur la mécanique. Autant de façons de montrer que le temps, lorsqu’il passe entre les mains des horlogers, reste encore un formidable terrain de création.














