Dans l’univers feutré du luxe, Nicholas Foulkes n’est ni ambassadeur, ni dirigeant, ni prescripteur de tendances, ni collectionneur en quête d’exclusivité. Il occupe une place plus rare encore : celle d’une conscience. Historien du goût et chroniqueur du savoir-faire, il est l’une des figures les plus respectées de l’univers horloger. Passionnés de montres, nous rêvions de l’avoir en couverture depuis longtemps. Lorsque nous le croisons enfin, au stand Patek Philippe lors de Watches & Wonders 2025, la rencontre s’impose comme une évidence. Quelques mots suffisent, une intuition partagée. « Oui, faisons-le ! », lance-t-il. Pensée entre Londres et Genève, puis réalisée quelques mois plus tard, en novembre, lors du Grand Prix d’Horlogerie de Genève où il était président du jury pour la dernière fois, cette Cover Story devient une collaboration naturelle, sincère et profondément cohérente.

Historien, auteur et journaliste britannique, Nicholas Foulkes compte près de trente ouvrages à son actif. Connu pour sa trilogie consacrée à l’histoire sociale du XIXème siècle, il a également beaucoup écrit sur les univers du luxe et de l’horlogerie. Il a profondément influencé notre manière de lire les montres comme des véritables objets culturels. Ses livres consacrés à Patek Philippe, à la Reverso de Jaeger-LeCoultre, ainsi qu’une série d’ouvrages pour Rolex font aujourd’hui référence. Plus que son autorité, c’est son énergie qui frappe d’abord : une curiosité intacte, une rigueur sans raideur, et un regard à la fois vif et exigeant. Dans un univers où la mise en scène domine de plus en plus, son style, à la fois intellectuel et accessible, reste singulier.

Au-delà de son œuvre, Foulkes se distingue par une élégance naturelle, un dandysme assumé et une présence qui marque les esprits. Pour le shooting, un seul lieu s’imposait : La Réserve Genève Hotel & Spa. Institution emblématique et refuge favori de Foulkes, il reflète parfaitement sa sensibilité : élégance discrète, tradition assumée, refus du superflu. Pour lui, Genève dépasse le simple cadre professionnel ; elle relève d’un mythe personnel. « L’Angleterre des années 70 était un désastre », nous confie-t-il. « Genève représentait quelque chose d’inaccessible : ciel bleu, glamour, banques privées, horlogerie de prestige. » Cette aura imprègne toute l’expérience. Pour cette Cover Story, nous avons choisi de le montrer tel qu’il est, sans styliste imposant un goût, sans chorégraphie de marques. Les tenues sont les siennes, issues de sa garde-robe. Les montres ont été sélectionnées ensemble, selon ses préférences : une Richard Mille RM 67-01, une Patek Philippe Calatrava 6196P-00, une Tank Louis Cartier, un Chronomètre Souverain de F.P. Journe, ainsi que quelques pièces vintage de sa propre collection. « Je ne me considère pas vraiment comme un collectionneur », confie-t-il. « Je suis un passionné, un amateur au sens ancien français. J’achète des montres parce qu’elles m’intéressent. »

Tout au long du shooting, Nicholas Foulkes se révèle pleinement lui-même : généreux en anecdotes et naturellement tourné vers l’échange. Entre deux prises, il anime les conversations, évoque les artisans, les créateurs, les moments d’histoire. C’est sans doute là que se révèle la clé de son regard. Sa fascination ne va jamais vers le luxe comme concept abstrait, mais vers ce qu’il appelle « une relation émotionnelle avec un objet inanimé », indissociable, selon lui, de la compréhension de sa place culturelle. « Plus le mot « luxe » est employé, plus il perd de sa singularité », confie-t-il. Une philosophie façonnée par des décennies d’observation. « J’ai commencé à la fin des années 80, à une époque où il n’existait pratiquement aucun journalisme horloger au Royaume-Uni », se souvient-il. Bien avant que le milieu ne trouve ses codes, Foulkes écrivait déjà sur les montres, les cigares, le tailoring ou l’automobile, parce que ces univers avaient du sens pour lui. Ce qui l’a toujours animé, ce sont les histoires derrière les individus : « Hans Wilsdorf luttant pour imposer Rolex sur un cadran ; des entrepreneurs comme Richard Mille quittant tout pour suivre une vision ; des horlogers comme François-Paul Journe perfectionnant leurs montres vers la qualité, jamais vers le prix ».

En tant que président du jury du GPHG, Nicholas Foulkes bénéficie d’un point de vue privilégié sur l’évolution de l’industrie. « Il fut un temps où des personnalités pouvaient reprendre des marques et les diriger de manière inventive. Aujourd’hui, trop souvent, les décisions se prennent dans des réunions marketing », observe-t-il. Et pourtant, il reste résolument optimiste. Les cycles passent. L’artisanat demeure. Mais ce qui subsiste surtout, c’est sa foi dans le récit. « Ce qui m’intéresse vraiment, c’est de parler des personnes qui ont fabriqué une montre, de celles qui l’ont portée et de ce qu’elles ont accompli. Pas d’énumérer des numéros de série. » Plus qu’une autorité, Foulkes incarne une perspective. Celle d’un cercle de penseurs de plus en plus rare, pour qui le luxe n’est ni affaire d’échelle ni de spectacle, mais de sens accumulé avec le temps. Un luxe enraciné dans l’intention humaine, jamais dans la tendance. Là où d’autres s’obsèdent pour la vitesse, lui choisit la lenteur : regarder attentivement, penser avec rigueur et comprendre que le temps n’a jamais été destiné à être conquis, mais à être compris.

PRODUCTION EYES.STUDIO

PROJECT & ART DIRECTION KARIM AEID

PHOTOGRAPHY ELENA KUZNETSOVA

VIDEOGRAPHY LOUIS-VICTOR MAJERUS

LOCATION LA RESERVE GENÈVE HOTEL & SPA

WATCHES RICHARD MILLE, PATEK PHILIPPE, F.P. JOURNE, CARTIER