Plutôt que d’ancrer ses débuts dans les codes familiers de Dior, Jonathan Anderson a choisi, pour sa collection Dior Homme Automne et Haute Couture Printemps Été 2026, d’avancer avec une vision expérimentale, volontairement déstabilisante. Les silhouettes ballonnées dominaient la ligne couture, se détachant du corps avec une intention architecturale affirmée. Les robes semblaient gonflées, sculpturales, presque en suspension. Un parti pris audacieux pour une maison historiquement associée à la précision romantique et à la continuité patrimoniale.

Les collections ont divisé. Certains ont salué le courage d’Anderson, refusant toute forme de confort créatif, notamment en contraste avec l’ère de Maria Grazia Chiuri, qui avait redéfini Dior à travers un symbolisme maîtrisé et une lisibilité portable. D’autres ont estimé que ces silhouettes, bien que techniquement remarquables, s’éloignaient trop de l’intimité émotionnelle. Il s’agissait ici d’une mode à observer plus qu’à habiter.
La couture, en particulier, s’est toujours nourrie de tensions entre beauté et inconfort, tradition et rupture. À ce titre, les débuts parisiens de Jonathan Anderson chez Dior ce mois ci semblaient sincères. Reste à voir si cette vision gagnera en profondeur émotionnelle. Mais en tant que déclaration inaugurale, le message était limpide. Dior entre dans une nouvelle ère. Brute. Incertaine. Et surtout vivante.

Dior Haute Couture Printemps Été 26 : le volume comme langage

La première collection couture de Jonathan Anderson pour Dior est apparue non comme un hommage révérencieux, mais comme une question. Que signifie la couture aujourd’hui et à qui s’adresse t elle ? La robe ballon s’est imposée comme la thèse centrale de la collection. Des pièces florales courtes et sculpturales ainsi que des silhouettes blanches enveloppantes semblaient presque en apesanteur, leurs proportions exagérées jusqu’à l’abstraction. Il ne s’agissait pas de vêtements conçus pour flatter, mais pour provoquer la conversation. Sur le plan des matières, la collection se distinguait. Applications florales denses, constructions rembourrées et surfaces richement travaillées renforçaient l’idée de la couture comme objet plutôt que comme ornement.

Dior Homme Automne Hiver 26 27 : l’affirmation d’Anderson

Si la couture féminine mettait à l’épreuve les limites de Dior, la ligne masculine s’en est totalement affranchie. Anderson y a assumé sans détour une esthétique grunge et subversive, portée par un vocabulaire résolument étranger à l’héritage Dior. Des manteaux oversize matelassés engloutissaient le corps, fermés de manière asymétrique et doublés de fourrures dont l’aspect brut semblait plus viscéral que luxueux. Le denim apparaissait volontairement usé, associé à des débardeurs ornés de sequins, des mailles métalliques et des textures dégradées, dans un contraste assumé entre artisanat couture et attitude underground. Les silhouettes se voulaient relâchées, presque négligées, tout en restant profondément pensées. Jeans portés bas, ceintures affirmées et tricots amples introduisaient une fragilité masculine rarement explorée dans l’héritage de la maison. Le stylisme semblait emprunté aux sous cultures de la jeunesse plutôt qu’aux salles d’archives, pensé pour des hommes qui s’habillent par instinct et non par cérémonial.