
Un grand parfum n’est jamais totalement figé. Les récoltes évoluent, certains fournisseurs disparaissent, les réglementations changent et, avec elles, certaines matières doivent être remplacées ou réinterprétées. Au fil des décennies, ces ajustements peuvent finir par éloigner une fragrance de la formule imaginée à l’origine par son créateur. Depuis son arrivée à la direction de la création parfum de Dior en 2021, Francis Kurkdjian a donc choisi de revenir à la source, en retrouvant dans les archives de la Maison les formules originales pour les restaurer avec la même minutie que l’on accorderait à une œuvre ancienne. De ce travail est née Dioriginals, une collection réunissant treize fragrances emblématiques de Dior et près de quatre-vingts ans d’histoire de la parfumerie.
La première partie de la collection rend hommage aux grands maîtres de la Maison, et notamment à Edmond Roudnitska. Créé en 1949, Diorama revient avec un jasmin davantage mis en lumière, tandis qu’Eau Fraîche, lancée en 1955 et portée à l’époque par Christian Dior lui-même, retrouve toute la fraîcheur de ses agrumes et de sa bergamote. Francis Kurkdjian a également retravaillé certaines notes, comme le basilic et l’estragon, progressivement affectées par l’évolution des réglementations. À leurs côtés, Diorissimo, lancé en 1956 autour du muguet, ainsi que Diorling et Diorella, retrouvent eux aussi leur place dans cette relecture du patrimoine olfactif de Dior.
La seconde période, qui s’étend de 1979 à 2003, se fait plus affirmée avec le retour de Dioressence, Dune, Dolce Vita, Dune Homme, Higher, Forever and Ever ou encore Higher Energy. Parmi les fragrances les plus attendues figure Jules, créé par Jean Martel en 1980, où lavande, sauge sclarée et poivre noir rencontrent des bois ambrés plus chaleureux. Longtemps incontournable du vestiaire masculin, le parfum avait vu son caractère progressivement adouci au fil des réglementations. Ses épices, ses mousses et sa fève tonka ont donc été retravaillées afin de retrouver l’intensité et la personnalité qui faisaient sa singularité à l’origine.
Chaque fragrance est présentée dans une nouvelle interprétation du flacon Dior Ovale, imaginé en 1948 et désormais ponctué d’une bague métallique striée gravée du monogramme CD. Avec Dioriginals, Dior choisit ainsi la restauration plutôt que la réinvention, en redonnant à treize parfums historiques une expression aussi proche que possible de l’intention de leurs créateurs. Une manière de rappeler que, dans la parfumerie comme dans l’art, préserver une œuvre peut parfois être aussi précieux que d’en imaginer une nouvelle.








