
À contre-courant des esthétiques épurées qui dominent aujourd’hui les défilés, Kevin Germanier revendique l’excès. Couleur, volume, matière, accumulation, tout chez lui repose sur l’intensité visuelle et la dramaturgie du vêtement. Formé à la Central Saint Martins, le Suisse impose rapidement une signature identifiable dans un paysage saturé de propositions. Très tôt, ses pièces circulent sur les scènes internationales, portées par Lady Gaga ou encore Beyoncé. Elles suscitent l’admiration des plus grands grâce à leur audace et leur originalité. En janvier 2025, il franchit un cap décisif dans sa carrière en entrant officiellement dans le cercle fermé de la Haute Couture, devenant le premier créateur suisse à y présenter sa propre maison. Son travail repose sur un principe simple et radical : ne produire qu’à partir de l’existant. Stocks dormants, textiles invendus, perles et paillettes déclassées deviennent ses matières premières.
Son univers, presque chimérique, oscille entre futur et artisanat, entre invention et mémoire. Les silhouettes semblent jaillir d’un monde parallèle, mais chaque pièce repose sur un processus long, d’une précision extrême et d’un travail collectif. Dans ses ateliers, les mains se multiplient. Des tricoteuses valaisannes aux artisanes venues d’ailleurs, la mode devient un espace de coopération, un territoire où transmission et création se rencontrent et se nourrissent mutuellement.
Si Kevin Germanier rayonne au‑del. des frontières, il n’en oublie rien de ses racines. Lors de son tout premier défilé Haute Couture, il choisit de mettre la Suisse à l’honneur, presque comme une signature intime. C’est à cette occasion qu’il présente une robe spectaculaire, imaginée en collaboration avec Caran d’Ache et réalisée à partir de crayons et stylos collectés dans les différentes boutiques de la maison genevoise. L’outil de l’enfance se mue en matière de luxe, la couleur en mémoire. Cette pièce, hommage à ses origines, affirme que l’excellence suisse peut s’écrire en Haute Couture dans une démarche à la fois durable et profondément créative.
Ce retour aux sources se poursuit à Lausanne, au Mudac, qui a offert au créateur une carte blanche, une manière unique d’appréhender sa créativité et de faire découvrir au public son univers. Plus qu’une simple exposition, Les Monstrueuses plongent le visiteur dans son atelier mental. On y découvre pièces emblématiques, fragments, matières à nu, figures hybrides et gestes minutieux, comme un hommage à l’artisanat qui donne vie à ses créations. Le musée devient un espace vivant où chaque objet, chaque matériau et chaque geste semblent dialoguer entre eux, révélant un univers créatif où la précision, la fantaisie et l’exigence se conjuguent pour incarner pleinement l’imaginaire de Kevin Germanier.
Le créateur suisse ne se contente pas de théoriser la mode durable, il la pratique, la façonne et la réinvente. Il transforme ce qui existe déjà, sublime ce qui semblait voué à disparaître et fait de chaque matériau, de chaque geste, un acte de résistance créative. Dans une industrie souvent prisonnière d’un rythme effréné, toujours plus rapide et moins durable, il trace sa voie avec liberté et exigence, rappelant que la Haute Couture peut être à la fois un art, une réflexion et un engagement. Son travail dénonce avec singularité la surconsommation et le jetable, et prouve avec force qu’il est possible d’avoir une mode à la fois durable, exigeante et profondément créative.










