Visionnaire, MB&F n’a jamais suivi les lignes établies. Depuis vingt ans, la maison horlogère fondée par Maximilian Büsser défie tout autant la gravité que les codes de la montre classiquement traditionnelle, préférant la créativité mécanique au garde-temps tacitement convenu.

Pour ce vingtième anniversaire, elle choisit la voie plus inattendue de l’apparente sobriété. Sans amoindrir la complexité. En révélant la SP One, MB&F propose la plus petite montre ronde de son histoire, dotée d’un boîtier de trente-huit millimètres de diamètre et de douze millimètres d’épaisseur. La SP One, pour Special Project One, condense vingt ans de rébellion horlogère dans un objet de raffinement absolu à la sophistication discrète. Chaque courbe polie, chaque pont invisible, chaque vide révélé, devient un manifeste. Non pas de puissance, mais de présence. La SP One est inclassable et refuse l’emphase. Elle se crée par ses vides et les superflus gommés d’excellence, tout en répondant à une tendance de l’industrie clairement établie : un retour, particulièrement chez la gent masculine, à une demande de volumes plus réduits. 

Sous son dôme de saphir se présente un mouvement à trois cercles, flottant en apesanteur : le barillet à remontage manuel, le balancier à deux heures, et ce cadran incliné à trente degrés, en révérence, à six heures. Le tout, comme dans une rotation suspendue. Développé par Eric Giroud, il bat à dix-huit mille alternances par heure et offre septante-deux heures de réserve de marche. L’énergie circule par une tige invisible depuis le barillet jusqu’au balancier, suspendu sans pont apparent, dans la volonté résolue d’effacer la technique pour ne garder que la sensation de flottaison. Le cadran basculé repose en effet sur une structure entièrement dissimulée. La lecture de l’heure se fait de biais, dans le déplacement intime du geste, et la complicité de celui – ou de celle – qui la porte.

En or rose ou en platine, le boîtier, dépourvu de lunette mais illuminé d’un rehaut, est usiné dans la masse et allégé de ses cornes pour le dépouiller de l’inutile, en lui donnant une grâce ornementale silencieuse, dans la parfaite scénographie d’un ballet mécanique. Ce galet en orbite, à l’élégance sobre, s’attache au moyen d’un bracelet sans rupture, renforçant l’impression d’un objet unifié, fusionnel, où la montre devient une signature, plus qu’un accessoire. 

Pensée depuis 2018, née d’un dessin facétieux pris comme une plaisanterie d’éclat de génie horloger, elle incarne ce que Maximilian Büsser fait de mieux : choisir le projet que personne n’attend, et le transformer en évidence. Ce calibre manuel, une improbable merveille, dormait dans une boîte à idées. Porté à la vie, il n’est pas devenu une montre, mais plutôt l’émanation épurée des rouages du temps.